Le HAIKU

 

LE HAIKU :


 
 
UN PEU D'HISTOIRE

      Le haïku est une forme poétique d'origine japonaise qui existe depuis plusieurs siècles; cette forme classique a une longue histoire et est très présente au Japon et un peu partout dans le monde d'aujourd'hui. En effet, depuis un peu plus d'un siècle, et surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, il a traversé les frontières du Japon. Durant le seul 20e siècle, au Japon où prime le principe maître/disciple et où l'adhésion à telle école plutôt qu'à telle autre est essentielle dans la pratique du haïku, cette forme poétique a connu une quinzaine d'écoles majeures et il est plutôt imprécis de parler du "haïku", il faudrait parler du "haïku selon…", ce qu'on ne fait pas en Occident, faute de documentation appropriée. Ainsi, il faudrait dire le haïku selon Bashô (1644-1694). Le haïku selon Buson (1716-1783). Le haïku selon Issa (1763-1827). Le haïku selon Shiki (1867-1902), père du haïku moderne, celui-ci a mis de l'avant l'école "shasei" (ou "description d'après nature" ou "croquis pris sur le vif": c'est l'école à laquelle j'adhère le plus spontanément et la surnomme "croqué sur le vif"); c'est à lui que l'on doit l'appellation "haïku" et non plus "hokku". Le haïku selon Kyoshi (1874-1959), héritier de Shiki, codificateur très strict et propagateur du haïku dit traditionnel qui chante "les fleurs et les oiseaux". Le haïku selon Hekigodo (1873-1937), autre disciple de Shiki et chef de file du haïku avant-gardiste et expérimental, tant pour l'esprit que pour la forme (ni 5/7/5 syllabes ni kigo).

Déjà dans le Japon médiéval la poésie était un art.
Dans les cours des shoguns on récitait des poèmes.
Il existe 3 grandes formes de poésie japonaise : le haïku le plus connu, le tanka et le renku.

Le haïku, petit poème très court, comporte 17 syllabes sur seulement 3 lignes, comportant respectivement 5, 7, 5, syllabes.
Donc très court mais très évocateur ils sont intuitifs : un moment de la vie, un instant de nature. Rappellant toujours une saison.

 



Basho Matsuo  Basho Matsuo (1644 – 1695) est connu comme le premier grand poète de l'histoire du haïku.

   Un vieil étang
   Une grenouille saute
   Des sons d'eau
                            
   Rien ne dit 
  dans le chant de la cigale 
  qu'elle est près de sa fin.
                                                                                          Basho

 

Presque tous les japonais connaissent quelques haïku des plus grands poètes.

  
  




UN HAIKU … C'EST UN POÈME



 Le haïku est un poème.

Emprunté à une tradition autre et loin du souffle poétique occidental, le haïku peut sembler anodin au premier abord; en fait, il est banal ou sublime, tout se jouant sur la corde raide tendue entre le poète et le lecteur.

Il diffère des autres textes brefs (proverbe, maxime, sentence, aphorisme ou poème bref), les sens et le concret du quotidien y dominent, l'abstraction et la généralisation en sont préférablement absents.

La grande difficulté pour les débutants, c'est de vouloir trop dire, tout dire (fragmentaire, un seul détail doit suffire pour évoquer le tout), de vouloir faire très beau (le haïku est un poème "vrai").


Sa principale caractéristique est de "dire l'instant dans l'instant", de situer dans le temps et l'espace, tel un polaroïd.

Il est en même temps l'expression du permanent et de l'éphémère. La convivialité du haïku en fait un poème facile d'accès, notamment par sa simplicité apparente, sa pratique se démontre toutefois tout autre.


Sa 2ème caractéristique est sa brièveté. Il est traditionnellement composé de 17 syllabes, réparties sur trois lignes (5/7/5 syllabes). Il est souhaitable de respecter cette pratique lors de premiers contacts avec le haïku; il faut quand même savoir que les grands maîtres ne se sont pas laissés contraindre par cette pratique.


 
 
EXEMPLES COMMENTÉS :



      Voici quelques exemples de haïkus. Les éléments qui vont suivre, s'il faut les séparer pour les analyser, il faudrait normalement tenir compte de tous en même temps lors de la composition d'un haïku.

a - les saisons :


      D'une façon générale, beaucoup de haïkus traditionnels évoquent une des quatre saisons, ceci parfois d'une façon très vague ou parfois sur un élément tout à fait spécifique à une saison. Le poème est ainsi situé dans le temps et dans l'espace, il n'est pas une idée abstraite. Le but du haïku est de transmettre l'intensité d'un moment avec très peu de mots, comme si tu prenais une photo de l'instant présent. Il s'agit d'un moment pris sur le vif de la vie quotidienne, d'un bonheur minuscule, d'une peine soudaine, d'un court souvenir, d'un peu de tout!

après avoir fait
un beau grand tas de feuilles
hop! sauter dedans
les pelouses couvertes
de milliers de pissenlits
un autre bouquet


b - le 17 syllabes ou le "5/7/5" :


      Le 5/7/5 est une structure japonaise que les premiers traducteurs de haïkus ont adoptée , un peu arbitrairement, pour des raisons de composition graphique peut-être, afin de rendre le haïku japonais qui est écrit en 17 "onji" (mais pas toujours, ni aujourd'hui ni pour les maîtres comme Bashô et Issa) en une seule ligne verticale. On peut tenter l'exercice de le respecter, ce qui fait un très bon exercice stylistique, ou non.

nuit de la St-Jean
avec le feu d'artifice
voilà les vacances
du matin au soir
chercher quelque chose à faire
la pluie n'a cessé


c - sans rime :


      Le haïku est composé de trois vers qui ne sont pas rimés, sinon accidentellement deux lignes seules peuvent rimer. Cette caractéristique habituelle de la poésie est absente du haïku. Le haïku prend sa force non dans la rime mais bien dans les autres éléments que nous analysons présentement.

une bande d'oiseaux
s'agitent bruyamment
dans un arbre sans feuilles
un cerf-volant monte
devient bientôt tout petit
dans le grand ciel bleu


d - la syntaxe :


      Une phrase incomplète est souvent le propre du haïku, fragment de la réalité. Les haïkus d'hiver peuvent laisser entendre que le froid favorise une communication minimale. Verbe à l'infinitif dans un cas et verbe absent dans l'autre. Absents aussi les sujets.

trottoir verglacé
aller à pas incertains
dans d'autres pas
sur l'étagère
dans un rayon de soleil
un château de sable


e - les cinq sens :


      Un haïku est généralement le fruit d'un de nos cinq sens: le toucher, le goût, l'ouïe, l'odorat ou la vue. Il fait appel à un sens pour percevoir le réel et non à l'intellect.

après la cueillette
dans toute la maison
l'odeur des pommes
au retour de l'école
un groupe passe en chantant
comme ce midi

Il combine parfois deux ou trois sens dans un même texte. Dans certains cas, le haïku est né de plusieurs sens activés simultanément. Et parfois, comme ci-dessous, ce sont tous les sens qui entrent en action. Dans un cas, après le bruit des gouttes d'eau, il y a le toucher de s'asseoir, le parfum et la vue des lilas, le goût de la crème glacée. Dans un autre, l'odeur et le goût des fraises, le toucher de la cueillette, la vue du rouge et, on peut l'imaginer, les éclats de voix des jeunes cueilleurs enthousiastes!

après l'averse
s'asseoir près des lilas
avec une glace
le rouge des fraises
tache les doigts et la bouche
des jeunes cueilleurs


f - la métaphore et la personnification :


      La métaphore et la personnification devraient être absentes du haïku. Comme nous sommes des Occidentaux et que notre poésie nous influence même en composant des haïkus, il est difficile d'éviter toutes ces figures de style: les utiliser d'une façon minimale reste souhaitable.

sur les vitres
des traces de nez et de doigts
regardent la pluie
bonne grand-mère
la pleine lune veille
sur les tulipes


g - parfois un peu rigolo :


      Écrit de manière très simple mais précis, subtil et dense, le haïku cherche parfois à faire sourire, sans être à proprement parler une blague, du seul fait qu'il met en scène un fait cocasse, rigolo.

fondant puis regelé
le bonhomme de neige
arqué contre le vent
là-bas un gros homme
fait un château de sable
avec une pelle à neige


h - la musicalité :


      La musicalité (sonorité) du haïku renforce la signification, d'une façon subtile sinon inconsciente pour le lecteur. C'est bien subjectif mais quand même, voici… Le "p" évoque les mouvements saccadés de l'oiseau et les nasales font ressortir le très jeune âge de l'enfant qui n'a pas encore un langage bien articulé. Les "j" évoquent le froid qui règne alors que le "o" symbolise le milieu clos qu'est une voiture.

le moineau surpris
regarde et prend le pain
lancé par l'enfant
leurs joues rougies
les plus jeunes somnolent
au chaud de l'auto


i - choisir deux mots :


      En cas de panne d'inspiration et pour stimuler l'imagination, on peut chercher le premier et le dernier mot du haïku à écrire ou choisir un mot et son contraire; dans certains cas, on peut avoir deux mots en tête - par exemple, hiver et fraises - , éloignés l'un de l'autre en apparence mais qu'un fait vécu ou qu'une perspicace observation de la vie quotidienne uniront. Ou encore, il peut y avoir deux mots qui trottent dans la tête - par exemple, été et guimauve -, un peu de travail de composition parviendra à les inclure dans un même haïku.

dans ce long hiver
que des fraises surgelées
sont un bon dessert
dernier signe de l'été
l'odeur du feu de camp
et des guimauves





      Amis littéraires je vous laisse vous plonger dans l'art du Haïku !


 






 
 


Article ajouté le 2009-05-19 , consulté 8 fois

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